Le conflit n’est plus un échec éducatif : ce qui a changé en 20 ans

Pendant longtemps, le conflit a été perçu comme un problème. Il était le signe que quelque chose n’allait pas ou bien d’un échec éducatif, relationnel ou professionnel.

Dans les familles, à l’école, dans les structures éducatives, le conflit devait être évité, stoppé rapidement, parfois étouffé. L’objectif principal était le retour au calme, souvent au détriment de ce qui se jouait réellement dans la relation. Aujourd’hui, ce regard a profondément évolué. Le conflit n’est plus seulement vu comme une difficulté à éliminer, mais comme un moment clé d’apprentissage relationnel.

Un dessin de deux enfants, se disputant car l'un d'entre eux à cassé la fenêtre avec son ballon

Quand le conflit faisait peur...

Il y a encore vingt ans, le conflit était souvent associé à une perte d’autorité, un manque de compétences éducatives ou un dysfonctionnement de la relation. Un enfant qui se mettait en colère, qui refusait, qui s’opposait était perçu comme “ingérable”. Un conflit entre enfants était un désordre qu’il fallait faire cesser au plus vite. Dans ce contexte, l’enjeu principal était de faire disparaître le conflit, parfois sans prendre le temps de comprendre ce qui l’avait fait émerger.

Le conflit comme révélateur, pas comme anomalie

Les vingt dernières années ont permis un changement de regard majeur : le conflit est aujourd’hui compris comme un révélateur. Il révèle souvent un besoin non entendu, une émotion débordante, un sentiment d’injustice ou d’insécurité ou une limite mal posée ou mal comprise. Autrement dit, le conflit n’apparaît pas par hasard. Il est souvent le symptôme visible de quelque chose qui n’a pas pu se dire autrement.

Ce déplacement du regard permet de sortir d’une logique de faute ou de provocation pour entrer dans une logique de compréhension relationnelle.

Apprendre à être en relation passe aussi par le conflit

Un autre changement important concerne la place du conflit dans les apprentissages relationnels. Aujourd’hui, nous savons qu’apprendre à dire non ou apprendre à exprimer une colère sans violence sont des compétences qui se construisent… dans la relation, et donc parfois dans le conflit. Un enfant qui ne rencontre jamais de conflit n’apprend pas nécessairement à réguler ses émotions ou à négocier. Un enfant qui est accompagné dans les conflits, en revanche, développe des compétences relationnelles précieuses. Le conflit devient alors un terrain d’apprentissage, et non un danger à éviter à tout prix.

Ce n’est pas le conflit qui abîme la relation, mais l’absence de réparation

C’est sans doute l’un des changements de regard les plus structurants. Aujourd’hui, de nombreuses observations de terrain convergent vers cette idée forte : ce n’est pas le conflit qui fragilise la relation, mais l’absence de réparation après le conflit.

Lorsque le conflit est nié, minimisé ou laissé en suspens, le lien s’abîme. À l’inverse, lorsque le conflit est suivi d’un temps de réparation — un échange, une reconnaissance, une mise en mots, une clarification — la relation peut en ressortir renforcée. La réparation permet de restaurer la sécurité relationnelle, de donner du sens à ce qui s’est passé et d’apprendre à faire autrement.

Deux jeunes filles se disputant pour un ours en peluche, chacune tirant un bras, le tout dans un style cartoonesque

Le rôle de l’adulte : de l’arbitre au garant du lien

Ce changement de regard transforme profondément la posture adulte. L’adulte n’est plus seulement celui qui tranche ou qui impose une solution. Il devient le garant du cadre et du lien, celui qui sécurise, aide à mettre des mots et soutient la réparation.

Cela demande des compétences relationnelles, une capacité à tolérer la tension et à différer la réponse immédiate. Mais c’est aussi ce qui permet au conflit de devenir constructif.

Ce que ces 20 années ont transformé

En vingt ans, notre regard sur le conflit est passé d’un échec à éviter à une réalité à accompagner, d’une rupture relationnelle à un moment possible de réparation. Bien sûr, ce changement de regard ne rend pas les conflits agréables. Par contre, il les rend utiles.

 

Les conflits continueront d’exister. Parce qu’ils font partie de toute relation humaine.

Mais une chose est désormais claire : c’est la manière dont nous traversons les conflits, bien plus que leur existence, qui façonne la qualité des relations.

Apprendre à accompagner les conflits, c’est apprendre à prendre soin du lien.
Et c’est sans doute l’un des apprentissages relationnels les plus précieux de ces vingt dernières années.

Pour aller plus loin : Notre conférence « Jalousie et rivalité dans la fratrie »

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