C’est reparti : 17h35, début du match.
Tom accuse Lila d’avoir triché. Lila crie que Tom l’a insultée. L’animatrice soupire. Elle rêve d’un café, et sûrement pas de jouer les prolongations.
👉 Bonne nouvelle : on n’est pas obligé de trancher à leur place (même si la tentation est grande de sortir le carton rouge et de tout confisquer).
Ce qu’on peut faire : les accompagner pour qu’ils deviennent eux-mêmes capables de résoudre leurs conflits.
L’arbitre décide, juge, punit.
→ L’enfant n’apprend rien, à part qu’il faut mieux mentir la prochaine fois.
Le médiateur facilite. Il écoute, reformule, encourage la recherche de solution.
→ L’enfant développe ses compétences sociales, son autonomie… et son empathie (si, si, c’est possible).
« Raconte-moi ce qu’il s’est passé pour toi. »
On évite les jugements. On permet à l’enfant de confier son émotion et de ne pas se laisser submerger par elle.
« Donc si je comprends bien, vous vous êtes tous les deux sentis frustrés à cause du ballon. »
« Je vous laisse chercher ensemble une solution juste pour chacun. Je suis juste à côté si besoin. » (quand les enfants n’ont pas encore l’habitude de cette pratique, l’adulte reste présent et guide la recherche de solution.)
Oui, même celle qui propose d’envoyer le ballon sur la Lune. L’important, c’est de libérer la parole sans censure.
“On essaie celle-là et si ça ne marche pas, vous pouvez revenir m’en proposer une autre.”
Et si aucun des deux ne veut coopérer ?
🛑 Plan B, pas punitif mais ferme :
« OK. Il existe une solution qui ne vous plaira pas (ni à moi) : je prends l’objet du conflit. »
Rappeler le cadre, sans colère, sans menace. Juste avec cohérence.
Et si, au lieu de demander
« Tu te rends compte de ce que tu lui as fait ? »,
on testait :
« Peux-tu essayer d’imaginer ce qu’il a pu ressentir ? Tu n’as pas besoin d’être d’accord, juste d’essayer. »
📚 Petit rappel des stades d’empathie (oui, le développement affectif ne se fait pas en une nuit) :
À cet âge, l’enfant commence à ressentir ce que l’autre ressent, sans forcément comprendre pourquoi. C’est une empathie « émotionnelle », encore très spontanée.
L’enfant ne fait pas encore bien la différence entre ses propres émotions et celles de l’autre. Il perçoit la tristesse, la peur ou la joie d’autrui, et réagit en miroir.
Ex : Si un camarade pleure, il peut se mettre à pleurer aussi, simplement parce que cette émotion le touche directement.
L’enfant commence à comprendre que l’autre a des pensées et des émotions différentes des siennes. Il ne fait plus qu’éprouver la peine de l’autre : il commence à la comprendre.
C’est le moment où se développe ce qu’on appelle la « théorie de l’esprit » : la capacité à se représenter ce que l’autre ressent ou pense.
Ex : Il comprend qu’un camarade est triste parce qu’il a perdu un jouet, même si lui ne trouve pas ça grave.
L’enfant intègre des valeurs morales et une compréhension sociale plus larges. Il ne s’agit plus seulement de comprendre ou de ressentir ce que l’autre vit, mais de se sentir responsable du bien-être d’autrui et d’agir en conséquence.
Il comprend que certaines actions peuvent blesser moralement et qu’il existe des principes de justice, de respect, de solidarité.
Ex : Il réfléchit à ce qui est « juste » : « Si c’était moi, j’aimerais qu’on m’aide. »
Découvrez nos conférences sur :
– Jalousie, rivalité et conflits dans la fratrie (qui peut être adaptée à la collectivité)
– Mieux vivre avec les autres, ça s’apprend – le super pouvoir des compétences psychosoiales
On parle de surexposition quand un tout-petit (moins de 6 ans) est régulièrement exposé à des écrans (TV, tablette, smartphone…) plusieurs heures par jour, souvent sans cadre, ni interaction humaine. Selon les études, une enfant de 2 ans passe 1h/jour devant un écran. C’est déjà beaucoup mais on ne parlera pas de surexposition. Le changement de registre intervient à partir de 4 ou 5 heures/jour : on parle alors de ce que les professionnels appellent le syndrome d’exposition précoce aux écrans.
Les effets ?
La surexposition aux écrans interfère avec les besoins fondamentaux du tout-petit et provoque :
🔹 Retard de langage (parce que Dora, même bilingue, ne remplace pas une vraie conversation).
🔹 Troubles de l’attention (passer de Baby Shark à Pat’Patrouille en 0,3 secondes, ça n’aide pas à se concentrer). Une maman sur quatre déclare qu’elle utilise son portable pendant les temps d’échange avec son bébé et que ça modifie la qualité des échanges visuels
🔹 Troubles de la motricité fine et de la coordination Une étude française dirigée par Anne-Lise Ducanda (2017) a observé chez des enfants surexposés aux écrans une régression des compétences de manipulation : ils ne savaient plus tourner une clé, faire des puzzles simples ou empiler des cubes. Cela montre un déficit de l’intelligence pratique, directement liée aux manipulations d’objets concrets.
🔹 Agitation, repli, maladresses gestuelles, voire comportements évoquant à tort des troubles du spectre autistique.
🔹 Désintérêt pour les jeux relationnels (jouer à faire semblant d’être papa ou maman ? Non merci, l’écran est plus prévisible).
Ce phénomène de surexposition inquiète – à juste titre – les parents et les professionnels.
🧠 Bonne nouvelle : « Oui, on peut revenir à la normale »
Les enfants ne sont pas des machines cassées par les écrans, Leur cerveau est plastique. Cela signifie qu’il est malléable, et encore plus avant 6 ans. En supprimant ou en limitant fortement les écrans, les progrès peuvent être spectaculaires :
« Il s’est remis à parler »,
« Il sourit à nouveau »,
« Il rejoue avec ses cubes »…
Des phrases entendues dans bien des cabinets de professionnels formés chez APcomm.
👉 Observer sans culpabiliser : l’objectif n’est pas de les pointer du doigt, mais de les aider à comprendre.
👉 Redonner la priorité aux besoins essentiels de leur enfant :
✳️ Le regard
– Un bébé grandit dans le regard de l’adulte. Ces échanges doivent être nombreux car ce sont eux qui permettent au bébé de développer sa capacité d’attention volontaire (différent de l’attention réflexe générée par l’écran)
– L’échange yeux dans les yeux est une réponse adaptée, sécure, intense et qui participe à l’attachement.
✳️ La parole
Un écran ne parle pas en « mamalangue » (cette manière intuitive qu’a un adulte de parler au bébé). C’est pourtant essentiel pour l’enfant développe son langage.
En plus, les neurones miroirs dans nos zones motrices font que lorsque l’on parle, l’autre a envie de parler. Comme quand on voit quelqu’un bailler. Devant l’écran, ces neurones miroirs ne s’activent pas sauf si le parent est à côté et répète les mots.
✳️ La manipulation d’objets en 3D
Manipuler est essentiel. Un écran plat n’a ni pâte à modeler, ni odeur de sable mouillé. Or sans manipulation, pas de développement sensorimoteur harmonieux. C’est aussi l’accès au 3D qui va lui permettre de développer sa vision en relief. Il pourra ainsi estimer les distances, coordonner sa main et son œil dans l’espace, construire son repère corporel. Avec les écrans, rappelons nous que les images sont « plates » sans perspective réelle.
✳️ Le mouvement, le moteur du développement.
De 0 à 3 ans, l’enfant explore le monde avec son corps.
Bouger stimule :
– la coordination motrice (marcher, sauter, ramper…)
– la régulation émotionnelle (par l’activité physique)
– les connexions neuronales (neuroplasticité)
Une étude publiée dans Frontiers in Psychology (2018) a montré que le mouvement physique stimule les fonctions exécutives (attention, mémoire de travail, inhibition), toutes nécessaires pour les futurs apprentissages scolaires.
Un outil qui fait plait aux parents : le sac de Mary Poppins
Plutôt que de dégainer le smartphone dans la salle d’attente, on encourage les parents à préparer un sac d’objets attrayants :
🧸 un doudou,
🎶 une petite boîte à musique,
📦 quelques cubes,
🐒 une peluche préférée,
🧩 un petit puzzle…
Bref, tout ce qui peut occuper, rassurer et reconnecter.
Non, les écrans ne sont pas le mal absolu. Mais pour un enfant de moins de 6 ans, ils sont souvent un faux ami. Le vrai besoin, c’est l’adulte. En chair, en os, en voix, en regard, et parfois… avec une girafe Sophie dans la poche.
Vous voulez aller plus loin, être formé sur toutes les tranches d’âge
APcomm propose une formation à destination des professionnels pour qu’ils puissent accompagner les parents sur la question des écrans.
On y parle des jeunes enfants, des enfants mais aussi des ados.
Le programme de la formation est accessible sur notre site : https://apcomm.fr/formation-accompagner-les-parents-sur-la-question-des-ecrans/
Prochaine session de 3 jours en présentiel (St Maur des Fossés – proche Paris) : 24-25-26 novembre 2025 et 2/3/4 février 2026