La création de l’atelier des parents :​ L’interview de Sophie Benkemoun

Il y a 20 ans, Sophie Benkemoun, médecin généraliste, créait l’Atelier des Parents, qui est devenu depuis APcomm. 

Découvrez l’histoire de ce beau projet :

La naissance d'un beau projet :

En 2006, j’ai créé l’Atelier des Parents, et depuis maintenant 20 ans, je travaille avec une idée bien précise : transmettre aux parents et aux professionnels de l’enfance et de l’adolescence de nouveaux outils de communication, concrets et accessibles.

Quelles étaient les missions et objectifs de l'Atelier des parents ?

La mission de l’Atelier des parents, c’était avant tout d’outiller les parents, et plus tard, les professionnels de l’enfance ou de l’adolescence, qui travaillent en crèche, en classe, dans des centres sociaux, etc. 

L’objectif était qu’ils puissent arriver à une communication plus sereine, plus adaptée au développement de chaque enfant. Cela ne veut pas dire laxiste comme on l’entend souvent. C’est, par exemple, poser un cadre, faire preuve d’autorité sans blesser, en favorisant la coopération et la responsabilisation”. 

Ça a toujours été la mission principale de l’Atelier des parents, puis d’APcomm : outiller toute personne qui vit et/ou travaille avec des enfants, donc des parents et des professionnels, et ce, quel que soit l’âge des enfants.

Pourquoi avoir créé APcomm, et comment se sont passés les débuts ?

J’ai créé l’Atelier des parents après un séjour en famille aux USA. J’ai participé, là-bas, à des ateliers d’habiletés parentales. J’y suis allée par curiosité mais cela à changé mon quotidien de maman. Quand je suis rentrée en France en 2000, rien de semblable n’existait. Tout était à faire.
J’ai commencé par fonder l’Atelier des Parents afin de proposer des conférences et des ateliers. Puis j’ai rencontré Nadège, d’abord en tant que maman dans mes ateliers. Lorsque nous nous sommes revues quelques années plus tard, ça a été comme une évidence que l’on s’associe parce qu’on est très complémentaires. 

Moi, en tant que médecin qui avait l’habitude d’accompagner des parents, elle, en tant que psychologue spécialisée dans le développement de l’enfant et de l’adolescent, cela faisait vraiment une équipe plus riche. C’est là qu’on a créé APcomm, Apprendre à communiquer. 

Nous avons crée ensemble notre matériel pédagogique de formation, en nous référant, bien sûr, à différents auteurs, différents experts en neurosciences, toujours dans les courants humanistes, que ce soit en France, en Belgique ou au Canada.

Qu'est-ce qu'APCOMM représente pour vous ?

Pour moi, APComm, c’est une boîte à outils, une sorte de trésor que j’ai découvert, notamment grâce aux livres de Haïm Ginott : “Entre parents et enfants”, et  “entre parents et adolescents”. Un trésor que j’avais envie de partager avec les personnes, parents ou professionnels, qui le souhaitent. Et ça, c’est important. Parce que l’idée, ce n’est pas d’imposer quoi que ce soit aux parents ou aux professionnels, mais de leur proposer des outils et leur apprendre à les utiliser.

Quand, au quotidien, les parents ou les professionnels se sentent démunis face aux enfants, petits ou grands, nous leur proposons autre chose.
Einstein disait : La folie, c’est de continuer à faire la même chose et de s’attendre à un résultat différent. Nous rajoutons : Si ce que vous faites ne fonctionne pas, ne vous convient pas, autant essayer autre chose. 

On répond à leurs questions, bien sûr, on leur permet de s’entraîner avec, pour nous, l’idée que cet adulte, qui utilise ces nouveaux outils, va peut-être permettre à un enfant d’avoir un quotidien différent. 

Je pense souvent aux enfants dont les parents ou les professionnels acquièrent ces nouveaux outils, et je me dis que le quotidien de cet enfant, cet ado, va changer, parce que l’adulte qui s’en occupe change sa façon d’être en relation avec lui. Et ça, c’est quelque chose de fondamental pour moi.

Quelle est la formation que vous préférez animer, et pourquoi ?

J’ai une préférence pour les formations en lien avec l’adolescence. C’est une période qui m’a toujours intéressée et fascinée et encore plus grâce aux découvertes en neurosciences. 

Aujourd’hui, de nombreuses découvertes expliquent l’attitude des adolescents. Mieux comprendre l’ado, permet d’affiner notre accompagnement.

Physiquement, ils ressemblent plus à des adultes mais ce ne sont pas des adultes. Découvrir que leur cerveau leur joue parfois des tours nous permet de ne pas toujours s’attendre à ce qu’ils se comportent en adulte. 

APCOMM a 20 ans. Sur quels points votre avis a-t-il le plus changé au cours de ces 20 dernières années ?

Cela peut paraître surprenant pour les adultes d’aujourd’hui, parce que les sujets comme : les émotions, l’éducation et la communication bienveillante ou encore l’estime de soi sont considérés comme essentiels. APcomm enseigne d’ailleurs depuis longtemps ce qu’on appelle aujourd’hui les CPS (compétence psychosociales).

Il faut vraiment imaginer qu’il y a 20 ans quand je suis rentrée des USA, on ne parlait pas de tout ça. La France avait un certain retard. Il était temps de s’y mettre.

Les émotions par exemple, c’était quelque chose qui embêtait. On ne savait pas trop comment les gérer. Un adulte très en colère qui adoptait un comportement violent ne choquait pas beaucoup de monde. Les colères des enfants étaient appelées des caprices, et avoir une bonne estime de soi était confondu avec « avoir la grosse tête ». 

En même temps, il ne faut pas considérer tout ça comme des baguettes magiques. Personne ne peut changer sa communication d’un claquement de doigts, du jour au lendemain. L’histoire de chacun impacte la personne que nous sommes. Certains apprennent une nouvelle langue plus facilement que d’autres mais tout le monde peut apprendre.

J’espère qu’un jour, on n’aura plus besoin d’enseigner tout ça, que ce sera un peu comme une langue maternelle, que suffisamment d’enfants auront baigné dans ce genre de communication et qu’ils deviendront des adultes pour qui cette communication respectueuse sera la norme.

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